Déchéance de nationalité et unité nationale

Le débat sur la déchéance de nationalité est révélateur des ambiguïtés qui traversent la gauche, confrontée à l’exercice du pouvoir dans un contexte de forte tension nationale liée au terrorisme, à la montée des extrêmes, mais aussi aux difficultés économiques. Il n’est qu’une étape supplémentaire dans la clarification politique que connaît la gauche de gouvernement depuis le début de ce quinquennat. Le président de la République a choisi, dans ce moment d’incertitude rare pour notre pays, d’incarner et de faire vivre l’unité nationale. C’était le sens de ses vœux aux Français. Notre pays doit s’unir face au terrorisme, mais aussi face au chômage qu’aucun gouvernement de droite comme de gauche n’a réussi à endiguer. C’est évidemment dans ce cadre qu’il faut comprendre la proposition d’appliquer la déchéance de nationalité aux terroristes condamnés. Cette proposition, qui a été combattue par la gauche, avec une certaine mauvaise foi, reconnaissons le, vise à rassembler le pays autour d’une réponse de fermeté. Certains ne veulent voir dans la démarche du président de la République qu’une habilité destinée à assurer sa réélection. On peut toujours débusquer les plus mauvaises intentions sous les plus louables desseins. Mais on pourrait aussi bien constater que la stratégie d’unité nationale a un coût politique pour le Président en l’éloignant d’une partie de la gauche rétive à la confusion des genres. Et de ce point de vue, on reconnaîtra que François Hollande a fait peu de concessions à son aile gauche tant sur le plan économique que sur le plan de la sécurité. On fera donc crédit au président de la République de sa volonté sincère de rassembler le pays dans une des pires périodes de son Histoire récente. Et de fait, l’unité nationale est le seul viatique qui puisse permettre à la France de relever les défis auxquels elle est confrontée. Notre pays ne souffre pas d’unanimisme, comme se lamentent ceux qui ne le connaissent plus, mais de profondes fractures et divisions qui menacent sa cohésion et l’empêchent d’avancer. C’est vrai de la lutte contre le terrorisme, qui suppose d’abord et avant tout l’unité, comme c’est vrai de la mise en place des réformes économiques et sociales que nous avons trop longtemps différées. Les pays qui, autour de nous, ont réussi à s’adapter aux exigences de la mondialisation avec succès sont ceux qui ont su adopter des objectifs et des orientations partagés. S’agissant de la déchéance de nationalité, la question est donc de savoir si la majorité au pouvoir assume cet impératif d’unité nationale. L’avis du conseil d’Etat, que l’exécutif a décidé de suivre scrupuleusement, a clairement et précisément ouvert la voie à l’adoption de cette mesure. Il apporte, point par point, des réponses convaincantes à ceux qui la contestent, souvent dans une surenchère verbale peu propice à un débat serein. Il est vrai que l’unité nationale suppose, à droite comme à gauche, le dépassement de soi, mais aussi plus prosaïquement le renoncement à certaines rentes de situations électorales. Une partie de la gauche ne semble pas y être disposée, comme une partie de la droite. C’est pourquoi se joue, avec ce vote, la capacité de notre pays à s’unir et à se rassembler.

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